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De Sefar à Jabbaran : Découvrez le Plateau du Tassili Préhistorique

Le carnet d’exploration
De Sefar à Jabbaran : Découvrez le Plateau du Tassili Préhistorique

De Sefar à Jabbaran : découvrez le plateau du Tassili préhistorique

 

Depuis ma première rencontre avec le désert algérien, je n’ai cessé de rêver de marcher un jour sur les traces de Jebrine, de caresser l’écorce d’un cyprès millénaire, d’explorer la cité troglodytique de Sefar et d’admirer la célèbre peinture du « Grand Dieu ». À chaque fois, mon expédition a été annulée à la dernière minute, pour une raison ou une autre. Mais ce soir, assise dans notre campement à Tafalalet, il y a une saveur particulière à ce moment. Devant moi, je distingue la silhouette imposante de l’Akba, ce passage qui, demain, me permettra de réaliser enfin mon rêve. À ma gauche, les ânes attendent patiemment, prêts à porter nos affaires. L’émotion m’envahit : cette fois, j’y suis enfin.

 

Première Nuit dans le Désert

Notre aventure a débuté à 6h10 par un réveil matinal. Nous avons passé notre première nuit à Tafalalet, sous des acacias majestueux, entourés de montagnes de pierre et de sable. Ce site, isolé et tranquille, est situé à environ 15 km de Djanet, une oasis nichée au cœur du Sahara algérien.

 

JOUR 1 : Akba et l’Ascension vers Tin Azerghaf

Cette journée a été marquée par une alternance de montées abruptes et de passages plus plats. Nous avons fait notre premier arrêt à Tifatast, célèbre pour ses paysages montagneux saisissants. Grâce aux pluies abondantes de juin, la végétation était luxuriante et les gueltas (bassins naturels d’eau) étaient pleines, assurant une bonne réserve d’eau. L’équipe touareg, fidèle à ses traditions, buvait l’eau des gueltas, tandis que j’avais prévu de l’eau minérale purifiée.

Notre guide nous a montré la montagne de Tin Azerghaf, qui a servi de repère pour notre seconde ascension. En traversant l’oued Aghoub, nous avons été émerveillés par une guelta cachée au creux du canyon, véritable joyau de la nature. Nous avons poursuivi notre chemin vers Tekbel Ounfas, surnommé le « passage des ânes », avant d’atteindre Tan Azezedja, un lieu baptisé d’après la tribu des Izezedjaten.

À 11h30, nous avons atteint Tamrit (tamarit), un site spectaculaire où les paysages se déploient dans toute leur splendeur. Après une pause bien méritée, nous avons exploré les environs avec notre guide, découvrant les fascinantes peintures rupestres de Tinirin, vestiges de la vie ancienne gravés dans la pierre, ainsi que l’oued Tamrit (Tamarit).

L’après-midi a été ponctué par une visite de trois heures dans la région, où nous avons découvert des cyprès millénaires et l’habitation de Jebrine Ag Mohamed Machar, le principal informateur et guide d’Henri Lhote lors de sa longue mission sur le plateau du Tassili en 1956.

 

JOUR 2 : À la Découverte des Mystères du Désert

Le lendemain, à 8h, nous avons repris notre marche à travers des paysages époustouflants en direction de Tin Zoumaïtek, où nous avons découvert les célèbres peintures connues sous le nom de « Dames Blanches ». Ces œuvres figurent parmi les plus emblématiques du Sahara et, à mon avis, l’une des plus belles du Tassili n’Ajjer, bien que leur isolement les rende peu visitées. Ce remarquable panneau date de la période des « têtes rondes », la plus ancienne représentée sur le plateau, remontant à environ 8000-6000 avant J.C. L’interprétation chamanique de ces œuvres est particulièrement fascinante.

La dernière attraction majeure de cette matinée bien remplie était un impressionnant canyon, prolongeant dans le sillage de l’oued Tamrit, qui découpe le plateau des Ajjer sur toute sa hauteur. Lorsque l’on débouche brusquement sur ses bords, l’effet est saisissant ! Bien entendu, il n’y a pas d’akba à cet endroit, car les parois sont trop escarpées pour être franchies.

L’après-midi, nous avons poursuivi notre marche en traversant Ngoufa, un site autrefois utilisé par certaines agences pour établir leurs campements permanents. Nous avons également découvert un arbre étonnant, semblable à un olivier, appelé Aliw. Cette journée a été marquée par la découverte de superbes peintures rupestres, dont celle d’un grand mouflon blanc. Selon une légende touareg, il ne faut jamais tirer sur un mouflon blanc ou noir, car ils appartiennent à l’autre monde.

Plus tard, nous avons trouvé une fresque fascinante représentant des scènes de vie quotidienne : des femmes parées de bijoux (missakan), des enfants jouant, et des animaux comme des rhinocéros et des gazelles.

Nous avons poursuivi notre marche à travers des formations rocheuses impressionnantes et atteint Tin Touhami, où des peintures détaillées de scènes de chasse et de guerre ornent les parois des roches.

 

JOUR 3 : Exploration des Sites Archéologiques

Nous avons entamé la journée par une longue marche vers les sites archéologiques de Tin Tazarift et Tin Aboteka, à travers des labyrinthes de pitons sculptés par l’érosion. En chemin, nous avons admiré les merveilles naturelles du plateau : pics, arches, coupoles et cathédrales de grès, ainsi que des peintures rupestres représentant des troupeaux de vaches. En fin d’après-midi, nous avons atteint la cité de Sefar.

Accompagnés de notre guide, nous avons décidé d’explorer les environs. Il nous a conduits vers une guelta, à quelques minutes de marche. Le spectacle en valait vraiment la peine : un chemin de sable bordé de loriers roses nous menait à un petit canyon qui débouchait sur cette guelta. Nous sommes revenus juste à temps pour admirer un coucher de soleil époustouflant.

JOUR 4 : Sefar, le Trésor Caché du Tassili n’Ajjer

À notre réveil, l’excitation est à son comble alors que nous nous préparons à découvrir la cité de Sefar. Une fois franchi le labyrinthe de roches, nous accédons à cette cité naturelle hors du commun. Surnommée la « ville des pierres », Sefar est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982. Considérée comme la plus grande ville troglodyte du monde et l’un des plus grands musées d’art préhistorique à ciel ouvert, le site abrite des dizaines de milliers de dessins, gravures et peintures rupestres.

Divisée en deux parties, Sefar Blanc, pour son sable clair, et Sefar Noir, en raison des roches sombres qui l’entourent, ce lieu est mondialement célèbre pour ses peintures rupestres spectaculaires, notamment la fresque du Grand Dieu, une figure imposante et mystérieuse. Nous avons également admiré des scènes de guerre, des animaux sauvages tels que des éléphants et des girafes, ainsi que des représentations de la vie quotidienne. Ce site exceptionnel nous a plongés au cœur de l’histoire de l’humanité, à travers un décor saisissant et intemporel.

Après cette longue journée riche en émotions, nous avons établi notre campement à Tissoir, entourés par des montagnes impressionnantes et de magnifiques dunes de sable.

 

JOUR 5 : En Route vers Alagh Andemen

Le cinquième jour, à 7h10, nous avons quitté Tissoir pour entamer une nouvelle étape vers Alagh Andemen, en traversant l’oued de Tin Keni. Le paysage, à la fois rocheux et verdoyant, offrait un cadre parfait pour une randonnée contemplative. À notre gauche, une falaise vertigineuse s’étendait à perte de vue, ajoutant une dimension grandiose à cette traversée.

Le soir venu, malgré la fatigue accumulée, je me décide à pétrir de la kesra (Aghroum akouran), ce pain kabyle à base de semoule, d’huile d’olive, d’eau et de sel. N’ayant pas le matériel adéquat, je me sers d’une pierre plate, trouvée plus tôt dans la journée, pour étaler la pâte. Le couscoussier, retourné sur le feu, fait office de fourneau improvisé pour la cuisson. Préparer ce pain dans des conditions aussi rudimentaires me rappelle la chance que nous avons de vivre dans des maisons modernes, si bien équipées. Une fois le repas terminé, je ne pense plus qu’à une chose : aller dormir…

Cette nuit-là, je me couche tôt et, depuis ma tente, les rythmes du Oud résonnent dans l’obscurité, accompagnés des histoires et des rires des Touaregs, qui me bercent doucement vers le sommeil.

 

JOUR 6 : Le Site de Jabbaren et ses Trésors Artistiques

L’avant-dernier jour de notre aventure a commencé à 7h05 avec une longue marche de 11,5 km. En traversant un plateau infini, nous avons repéré des traces de dromadaires et d’ânes. Nous avons fait une courte pause à l’ombre d’un cyprès âgé de plus de 2000 ans, un moment agréable avant de fournir un dernier effort pour atteindre le site de Jabbaren.

Après un déjeuner bien mérité et une sieste revigorante, nous avons entrepris une dernière exploration pour découvrir les incroyables peintures rupestres qui ornent les parois de ce site exceptionnel. Les fresques représentaient des scènes humaines et animales, ainsi que des représentations de guerre, témoignant de la richesse culturelle et artistique des anciens habitants du Sahara. Ces œuvres sont non seulement un régal pour les yeux, mais aussi un précieux héritage de l’histoire de cette région fascinante.

 

JOUR 7 : La Descente de Jabbaren

Notre dernier jour a été marqué par la descente de Jabbaren, une pente abrupte et impressionnante qui dure environ trois heures, offrant une vue saisissante sur l’erg Admer. Cette descente, dangereuse à cause des chutes de pierres, nécessite une grande prudence pour éviter de glisser. Ce qui nous a le plus impressionnés, c’est de voir nos vaillants ânes descendre, chargés de nos affaires et de nos provisions.

 

En Conclusion

Ce voyage à travers le plateau du Tassili nous a offert bien plus qu’une simple exploration du désert. Chaque pas, chaque découverte, des peintures rupestres aux cyprès millénaires, a tissé un lien profond avec la nature et l’histoire. Entre contemplation, méditation et immersion dans un environnement aussi vaste que fragile, cette aventure restera gravée en nous, témoignage des trésors cachés du Sahara et de la force de la vie dans l’adversité.

 

  • Le Rythme de nos Journées : Méditation et Connexion à la Nature

Chaque jour, une marche de 15 à 20 km nous invitait à explorer non seulement les paysages spectaculaires, mais aussi nos propres ressources intérieures. Ce rythme quotidien devenait une forme de méditation en mouvement, une manière intime de se connecter à la nature brute et majestueuse du désert. Le silence et l’immensité du Sahara offraient un cadre idéal pour la contemplation, tandis que nos pas rythmaient nos pensées.

 

  • Les Fidèles Ânes, Nos Compagnons de Route

Tout au long de cette aventure, nous avons été accompagnés par nos fidèles ânes. Ces compagnons robustes et infatigables portaient fièrement nos affaires, traversant les terrains rocailleux et sablonneux sans faillir. Leur présence rappelait l’harmonie entre l’homme et l’animal dans cet environnement difficile. Ils sont les gardiens discrets de nos bagages, avançant avec une sérénité inspirante chaque jour.

 

  • Faune et Habitat du Désert

Le Tassili n’Ajjer abrite une faune variée et discrète. On y trouve le mouflon à manchettes, le fennec, ainsi que des hyènes et des gazelles. Le chacal doré se cache dans les ombres, tandis que le traquet pie et le grand corbeau planent dans le ciel. Au sol, des coléoptères et des serpents se déplacent dans le sable, et des chauves-souris apparaissent à la nuit tombée. Les scorpions et araignées se faufilent également dans le désert, ajoutant au mystère de cet écosystème.

 

  • Le Cyprès de Duprez : Un Trésor Botanique en Sursis

Nous ne pouvons conclure ce récit sans évoquer le cyprès de Duprez, appelé Tarout en tamahaq, présent principalement dans l’oued Tamarit. Ce géant rare, témoin d’un temps où le Sahara était plus humide, ne compte plus qu’environ 200 individus. Adaptés à la sécheresse extrême, ces arbres millénaires s’épanouissent encore dans les oueds, certains atteignant jusqu’à 10 mètres de circonférence et 20 mètres de hauteur. Hélas, leur population décline, marquée par des feuillages jaunis et l’absence de jeunes pousses, faisant de cette espèce l’une des plus menacées au monde, un fragile vestige d’un passé révolu.

 

Récit de Voyage par Nadia CHAÏB, Juillet 2024

 

Ouvrages recommandés

Six jours sur le plateau du Tassili N’ajjer de Yamina Miri-Aït Abdelmalek

Arbres et Arbustes du Sahara de A-C.Benchelah, H.Bouziane, M.Maka, Préface de Jean Dubief

Fleurs du Sahara de A-C.Benchelah, H.Bouziane, M.Maka, C. Ouahès, Préface de Théodore Monod

 

 

De Sefar à Jabbaren : Découvrez le plateau du Tassili préhistorique à travers nos photos